29.06.2008

Sybillismes-2 par Sybilline

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Nous sommes le 27 du mois. Comme tous les matins, je descends à la station de métro Lille-Flandres. L'embouteillage dans les escalators, la pluie qui ruisselle le long des rampes, et les grappes de jeunes qui dévalent les escaliers à contre-sens confirment mon pressentiment : les contrôleurs sont là!
Nous sommes le 27 du mois. Les salariés n'ont pas encore eu le chèque, et les chômeurs raclent les fonds de leur poche pour acheter leur baguette, leur paquet de clopes, pour payer la cantine du dernier, mais certainement pas pour acheter un ticket de metro. Même pas la version Zap.
Le 27 du mois est un jour rentable pour les contrôleurs de la Transpole.

25.06.2008

Sybillismes-1 par Sybilline

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Une des caractéristiques principales de la vie lilloise, c'est qu'il est absolument IM-POS-SIBLE de se balader dans les rue lilloises, la clope au bec, sans se faire immédiatement harponner par d'autres tabac-addicted.  Bien sûr, vous me direz que fumer, c'est mâââl, que je n'ai qu'à jeter mon paquet de cancerettes dans le bac des non-recyclables. Seulement voilà, c'est quand même bien agréable de s'en griller une petite à la sortie du resto, ou du ciné. Quel que soit l'endroit où l'envie me prend d'en griller une, la question fuse invariablement :

"Eh, t'as pas une clope?"

Encore, ça, c'est la version polie. Certains, très très très polis, osent même le "s'il-te-plaît". Mais la plupart du temps, la question arrive de plus ou moins loin, et bien souvent, il faut chercher pour voir qui nous interpelle de la sorte. "Eeeeh, PSSSSST!!!"

Oui? Que me veut-on? En général, l'interpellant se trouve à quelques mètres, affalé devant la vitrine des Galeries Lafayette, ou sur les murs de la station de métro Rihour.

Ma réaction se faisant attendre, l'appel se fait alors plus pressant : "PSSSSSSSSSSSSST!!!!!!!"

Parfois, c'est un SDF. D'autres fois, c'est un jeune en baggy, ou sa copine en slim. Souvent, c'est un appel groupé, et je sens que si je dégaine le paquet, la distribution devra être multipliée. C'est fou le nombre d'inconnus, toutes catégories sociales confondues, qui ont envie de partager une petite bouffée avec moi. Il y a ceux qui demandent, et puis ceux qui se contentent de signifier ce qu'ils veulent en mimant le geste, une clope imaginaire coincée entre l'index et le majeur.

Fut un temps, bonne camarade, je me laissais attendrir. Ben oui, hein, on a pas envie de passer pour une rapiate, pas vrai? Seulement voilà, les clopes, c'est cher. Mon premier paquet de Marlboro, je l'avais payé la modique somme de 7 francs. Aujourd'hui, le prix du cancer frise l'indécence, et l'Etat se frotte les mains : Ben oui, augmenter le prix des cigarettes, ça incitera les gens à fumer moins! Sauf que la plupart des gens continuent de consommer leur ration habituelle, car enfumer ses poumons, ça n'a pas de prix! L'état est content, et le trou de la sécu est aussi gros que celui que j'ai fait sur le siège de ma voiture.

Pour chaque clope allumée dans la rue, je me fais taxer en moyenne 2 fois. J'ai donc calculé que si j'accédais à toutes les demandes, je multiplierais mon budget clopes par... 3. A raison de 15 paquets par mois X 5 euros= 75 euros, ça fait quand même... 150 euros qui partent en fumée dans la rue...

Edifiant.

Du coup, j'ai ma parade:

"Eh mec, tu crois que j'ai les moyens de tripler ma conso de clopes?!?!"

Mais le lillois n'est pas sensible a mes restrictions budgétaires... 

Ou alors, lorsque je me trouve à proximité d'un buraliste (ce qui arrive souvent, vu le nombre de ces commerces...), j'avise l'endroit, et naïvement, je propose à mon inconnu(e):`"Oooh, regarde, il y a un tabac, juste là-bas!"

Mais le lillois, dans ce cas-là, n'a pas beaucoup d'humour... Je préfère ne pas reproduire ici le flot d'insulte qui m'accompagne en général sur un bon bout de chemin. Sans parler de la fois où Sybillhomme a dû héroiquement riposter face aux deux coups de poings qu'il menaçait de se prendre dans la figure, suite à un refus de notre part de distribuer ce que nous n'avions pas. Quoique, vu la tournure que prenaient les évènements, j'avais généreusement proposé le reste de ma dernière cigarette qui se consumait au bout de mes doigts. Mais l'ingrat avait rejeté mon offrande, en arguant que "j'm'en fous de ta clope allumée, connasse, c'est pour rouler un joint." L'épisode s'est terminé par deux gars allongés par terre (Sybillhomme=héros, je vous le disais!), et un rodéo forcé de 30 minutes dans une voiture de la BAC, afin de retrouver les lascars.

Ceci expliquant cela, aujourd'hui, je ne donne plus UNE SEULE clope. Nada. Merde alors. Z'ont qu'à aller les acheter comme moi, hein? Surtout que moi, quand j'en ai plus, du tabac, j'ose même pas demander à mes amis... A Lille, la taxe de clope est devenue une véritable institution, et c'est absolument insupportable. Dès que je fais claquer le Zippo, c'est parti : "Eeeeh, PSSST!!!"

Marre, marre, marre.